On nait plein d'aspirations, de rêves et d'enthousiasme face à ce
vaste terrain de jeu qu'est la vie. Enfant, on ne pense pas à jouer. On
joue, c'est tout. Notre imagination fonctionne à plein régime, on se
crée des univers fantastiques où tout est possible. On ne regarde pas
notre montre pour savoir s'il est l'heure de dîner, on ne pense pas à
l'argent. On est pleinement dans le moment présent
En grandissant, on nous entre subtilement dans un moule où l'on apprend à
compter le mardi, à écrire le jeudi. On apprend qu'à midi, c'est
l'heure de manger. On apprend à garder nos questions pour plus tard afin
de ne pas ralentir le groupe. Que rien n'est plus souhaitable que de
faire partie de la moyenne. Qu'être un peu plus lent est humiliant et
qu'être trop rapide tape sur les nerfs. Qu'être le dernier choisi dans
l'équipe de sport amène un sentiment de rejet douloureux. Qu'il faut
rester assis bien sagement et se faire bourrer le crâne de trucs qui ne
nous intéresse pas toujours en attendant notre quinze minute de bonheur
lors de la récréation.
À l'adolescence, on nous forge à devenir de futurs travailleurs au
service du système. On apprend que le secteur qui nous intéresse est
hyper contingenté et qu'on ferait mieux de se rabattre sur autre chose.
Qu'on est plus des enfants mais pas encore des adultes. Qu'on ne doit
plus faire cela, mais qu'on ne peut pas encore faire ceci. L'enfant, qui
veut encore jouer, résiste en essayant de repousser autant qu'il le
peut les futures responsabilités d'adultes. Il sait trop bien dans quel
bateau on l'embarque: travailler toute l'année pour deux maigres
semaines de liberté.
À l'âge adulte, notre quotidien est dominé par la
routine et le boulot. On a malheureusement assimilé que c'est ça la vie.
On travaille comme ouvrier à réaliser les rêves de nos patrons au lieu
de réaliser les nôtres. On a plus le temps de jouer. Au lieu d'écouter
ce que l'enfant nous dit, nous enterrons sa petite voix sous les
illusions projetées par la télévision et les magazines, rêvant d'une
nouvelle voiture, de vêtements de couturiers ou de mener la vie de
quelqu'un d'autre.
Puis,
un jour l'enfant se tait pour de bon. Il pleure en silence. Accablé
par nos ''obligations'' quotidiennes, on a oublié sa présence au point
de le négliger. On fait ce qu'on nous a conditionné à faire.On désire ce
qu'on nous a conditionné à désirer. On se sait même plus ce que l'on
aime vraiment ou quelles étaient nos aspirations profondes pour cette
vie. On a enfermer l'enfant, qui ne demandait qu'à jouer, au fond du
placard.
Et si cet enfant était votre âme? L'écouteriez-vous?
Abandonner ses rêves et se conformer à ce que la société ou notre entourage s'attend de nous, c'est cela vieillir -SB

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